Après l’Indépendance officiellement proclamée le 1er janvier 1804, le premier geste de Jean-Jacques Dessalines, père de l’Indépendance, fut de continuer de fortifier Haïti pour résister aux éventuelles tentatives de mainmise de puissances étrangères sur le territoire national. Quand Dessalines apprit que Napoléon Bonaparte allait devenir empereur en France, dans une logique d’émulation, si ce n’était d’anticipation de la confrontation, pour bien montrer qu’Haïti entendait rester maîtresse d’elle-même et de son destin, il se fit lui aussi couronner empereur. Mais c’était sans compter sur les ennemis de l’intérieur sur lesquels peut toujours s’appuyer l’ennemi de l’extérieur pour mener à bien ses mauvais coups. Obnubilé par la volonté de consolider l’Indépendance acquise au prix du sang certes mais aussi grâce à l’union des Noirs et des Mulâtres, Dessalines ne semblait pas avoir soupçonné qu’Alexandre Pétion pouvait se transformer en traitre et encore moins Henri Christophe complice de son crime de lèse-majesté. Pourtant Dessalines, lui-même, n’avait-il pas trahi Toussaint Louverture auprès d’Emmanuel Victor Leclerc lors de la campagne expéditionnaire de décembre 1801 visant à soumettre le jacobin noir et à rétablir l’esclavage?
À la suite de la mort violente de l’Empereur en 1806, Christophe continua néanmoins dans la logique d’un État fort. Le royaume du Nord se dota d’un arsenal, et produisit sur place des munitions comme cela se faisait alors aux États-Unis d’Amérique. Mais en vain, car non seulement le meurtre perpétré contre la personne de l’empereur et la dissension qui s’ensuivit avaient fragilisé l’indépendance, mais encore cette volonté de résistance, présente chez Dessalines et Christophe, était vraisemblablement absente tant chez Pétion que chez Boyer, le successeur de ce dernier. Les Grecs anciens avaient perdu Périclès et ne s’en étaient pas remis, la situation est analogue pour les Haïtiens avec la triste fin de Dessalines.
Cela étant, si avec la mort de Dessalines et de Christophe, Haïti commençait déjà à faire le deuil de son indépendance et à enterrer sa fierté, à la fin du XIXe siècle encore, et même sous l’occupation états-unienne au début du siècle dernier, quelques haïtiens comme Anténor Firmin, Louis Joseph Janvier, Tertullien Guilbaud, Georges Sylvain ou Jean-Price Mars, pouvaient encore évoquer l’épopée de 1803 comme fondement d’une certaine fierté nationale et organiser une certaine résistance contre l’humiliation.