Nous sommes à la fin de l’année 2025, qui comme la précédente, a été épouvantable pour Haïti, et l’année 2026 ne s’annonce pas mieux, même s’il est question, une fois de plus, d’envoi de troupes par l’Organisation Mondiale des Nations-Unies pour le mois d’avril 2026 et de programmation d’élections pour l’été prochain. Les Haïtiens sont désormais habitués avec la présence des troupes onusiennes sur le sol national. Ils savent ce que cela peut donner comme résultat. Ils ne sont pas dupes non plus de ce que cela veut dire « faire des élections » en Haïti. Aussi parle-t-on là-bas de « sélections » pour bien signifier qu’il ne s’agit pas toujours d’un exercice démocratique. Ces dernières années, le pays n’avait pas eu droit à ces mascarades téléguidées en raison de l’insécurité certes, mais aussi en raison d’absence de financement et de volonté politique. Haïti est aujourd’hui, comme on le sait, un pays à genou, qui sollicite la compassion du monde entier…un pays exsangue dont on ne manque une occasion pour rappeler, peut-être à raison, sa pauvreté proverbiale. Et l’on peut alors aussi à juste titre se demander qu’aurait-il encore aujourd’hui, ce pays pauvre ou plutôt appauvri, pour que certains pays continuent de s’immiscer dans ses affaires, faisant et défaisant les chefs d’État et les gouvernements, infiltrant les ministères, la police…?
Haïti intéresse pour sa situation géographique
Haïti reste un pays intéressant malgré sa pauvreté apparente, ses troubles politiques et sociales récurrentes, vraisemblablement alimentées, pour des raisons entre autres géopolitiques, et donc principalement économiques et stratégiques. Il en a été le cas au XIXe comme au XXe siècle et aujourd’hui encore.
Haïti n’est pas un pays géographiquement enclavé. C’est une terre entourée d’eau – avec plusieurs centaines de kilomètres de côtes, de plages et de ports. Le pays bénéficie d’un relief montagneux, du soleil à volonté, d’un espace très agréable. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelait la Perle des Antilles. Les plages, souvent baignables, sont un potentiel touristique insoupçonné… Il suffirait, entre autres choses, de reboiser, d’aménager les routes, de drainer les villes, restaurer les monuments historiques, redynamiser les sites touristiques et mettre en valeur ce patrimoine passionnant pour retrouver l’éclat de cette perle aujourd’hui défigurée.
S’il est question de réchauffement climatique et de montée des eaux, Haïti, même en étant une île, n’est pas vraiment aussi menacée comme le sont des lieux comme les Pays-Bas, Venise, la Floride…. Certes le littoral est facilement inondable mais le relief montagneux du pays met le reste du territoire national à l’abri de ce type de catastrophe.
Géographiquement bien situé même si l’île est sur la route des cyclones, et qu’elle est souvent victime d’intempéries, et depuis quelques années, de tremblements de terre récurrents, Haïti intéresse encore pour des raisons stratégiques.
Intérêts stratégiques
Avant de s’installer à Guantanamo au début du XXe siècle, en 1891, les États-Unis convoitaient le Môle Saint-Nicolas, où Christophe Colomb mit pied à terre en 1492 pour inaugurer la conquête de ces nouvelles terres. Auparavant, l’Oncle avait d’ailleurs jeté son dévolu sur l’Île de la Navase, sise dans le Canal du Vent, qui jusqu’ici reste un point de litige puisqu’elle n’est pas restituée à Haïti, qui continue de la reconnaître comme faisant partie de son territoire national même si voilà un siècle qu’elle n’en a pas l’usage effectif.
Il faut se rappeler qu’en 1889, Ferdinand de Lesseps commençait déjà à creuser le canal de Panama, qu’il abandonna pour des raisons de dette et que reprirent les États-Unis par la suite, ce qui entraîna l’occupation de beaucoup de pays dans la région. Le gouvernement de l’époque s’était opposé à céder Môle saint Nicolas aux États-Unis d’Amérique. Anténor Firmin, alors ministre, et Florvil Hippolyte, chef d’État, avaient défendu avec dignité ce haut lieu symbolique pour Haïti, pour le continent et même pour le reste du monde.
Le Canal du Vent, situé entre Guantanamo et Môle Saint-Nicolas et donc entre Cuba et Haïti, reste un lieu hautement stratégique dans la mesure où il donne accès au Canal de Panama, lieu de passage d’un certain nombre de bateaux de l’Atlantique au Pacifique et du Pacifique à l’Atlantique… On imagine alors les intérêts économiques et stratégiques à avoir cette région sous contrôle.
Haïti et son sous-sol
Il reste peu de couverture végétale sur l’espace haïtien. En raison du déboisement accéléré et de l’érosion, l’agriculture est peu rentable. Le sol offre peu d’intérêt dans certains endroits pour la culture. Cela étant, on sait depuis les années 1940 que le sous-sol national contient du pétrole aujourd’hui estimé à trois fois la valeur de celle des réserves du Vénézuéla. On savait qu’il y avait de la bauxite (qui était d’ailleurs exploitée), du cuivre, de l’argent en Haïti, mais on sait désormais qu’il faut y ajouter des métaux rares comme l’uranium ou simplement de l’or. Les Espagnols n’avaient donc pas pu tout emporter.
On raconte que Trou-du-Nord (Haïti) comporterait la plus grande réserve d’or dans le monde. Il est également question de présence de terres rares sur l’Île. Ce serait le cas par exemple à Solino, un quartier de Port-au-Prince aujourd’hui contrôlé par les gangs. Cette zone comporterait du cérium, un métal utilisé dans les appareils électriques et électroniques que l’on trouverait dans des pays comme les États-Unis, le Brésil, l’Inde, le Sri Lanka, l’Australie et la Chine. Il est pareillement rapporté qu’Haïti serait, après l’Afrique du Sud, la deuxième réserve mondiale d’iridium.
Il est curieux qu’il n’y ait aucune mention d’Haïti dans les cartographies officielles répertoriant les ressources minières dans le monde. Des ingénieurs accompagnant les forces internationales lors du renversement du président Aristide au début des années 2004 avaient pourtant quadrillé le territoire national sans que personne ne connaisse officiellement les résultats de ces recherches. Ce silence participe-t-il de la volonté d’invisibiliser ce pays quand il s’agit de parler de richesse?
On raconte que des experts chinois étaient en train de carotter le sous-sol d’Haïti à la recherche du pétrole au moment du tremblement de terre de 2010, et dans la même période, une entreprise étatsunienne aurait annoncé avoir découvert du pétrole au large des côtes d’Haïti. Par ailleurs, toujours dans les années 2010, le Sénat d’Haïti aurait refusé de voter une loi pour autoriser l’exploitation des mines parce que les conditions proposées par les exploitants potentiels auraient été défavorables au pays.
Ces dernières années, des ressortissants étrangers ont acheté des terres en Haïti. On crée de l’insécurité pour détourner l’attention du peuple, on manigance pour obtenir qu’une nouvelle Constitution soit votée pour autoriser que les propriétaires du sol soient également les propriétaires du sous-sol. Ainsi, le sous-sol des terres récemment achetées pourra alors être exploité au détriment du peuple haïtien. Et la spirale de la pauvreté pourra continuer de plus belle.