Mathilde Blayo

Le Conseil de sécurité a modifié le mandat de sa mission en Haïti, mardi 25 juin. Une décision qui arrive en pleine crise politique.

C’est dans un pays en proie à une grave crise politique que le Conseil de sécurité a décidé, mardi 25 juin, de modifier le mandat de la mission onusienne en Haïti. La Mission des Nations unies pour l’appui à la justice en Haïti, installée dans le pays depuis octobre 2017, était dirigée vers la formation policière et fournissait un soutien dans le maintien de l’ordre. Elle sera remplacée, en octobre prochain, par un Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh), à vocation plus politique.

La Binuh doit conseiller les autorités dans le développement des institutions judiciaires et politiques. Un groupe de 30 agents devrait continuer à former les forces de police et pénitentiaires locales. « La mission change, mais ses objectifs n’ont pas été atteints, considère Éric Sauray, docteur en droit, avocat à la cour et politologue spécialiste de Haïti. Il faut encore une vraie formation judiciaire et policière. Aujourd’hui, la justice est insuffisamment équipée et ne peut pas répondre aux exigences de la population. »

La redéfinition du mandat arrive alors que des milliers de Haïtiens manifestent depuis juillet 2018. Ils s’insurgeaient d’abord contre la hausse des prix du carburant. Mais depuis le mois de janvier, la rue réclame le départ du président Jovenel Moïse et la fin d’un système clientéliste et corrompu. En janvier 2019, la Cour supérieure des comptes a rendu un rapport lié au PetroCaribe, l’alliance entre les pays des Caraïbes et le Venezuela. Il fait état de possibles détournements de fonds de 2 milliards de dollars, soit 1,5 milliard d’euros.

Avec le PetroCaribe, Haïti bénéficie depuis 2008 d’importations de pétrole vénézuélien à moindre coût et à délai de paiement différé. Un Bureau chargé de l’aide au développement devait vendre le pétrole aux compagnies haïtiennes et utiliser les recettes pour financer des projets sociaux et de développement. Les constructions d’hôpitaux, routes ou réseaux d’eau ont été surfacturées et, pour certaines, n’ont jamais vu le jour.

Haïti est un des pays les plus touchés au monde par la corruption, et le président Jovenel Moïse est directement concerné par ces opérations de fraude. « Il a perdu la confiance de la population, considère Éric Sauray. Les choses devraient empirer, c’est une question de temps. » Les manifestations montent en intensité, alors que plusieurs personnes ont été tuées par balle au début du mois de juin. Pour Éric Sauray, dans ce pays parmi les plus inégalitaires du monde, « c’est un affrontement de la rue face au palais, et il n’est pas sûr que le palais gagne »